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Angoisses sociétales

La présente catégorie est un peu particulière et mérite quelques explications. Dans un monde en plein bouleversement, où les technologies évoluent très vite, où tout s'accélère, nous sommes bombardés d'informations anxiogènes sur lesquelles nous n'avons souvent aucun contrôle (le climat, les conflits, la dette publique, etc.). Avec les réseaux sociaux et les algorithmes qui nous imposent du contenu, nous sommes faisons face à un flot d'informations que nous n'avons plus le temps de digérer, ni d'intégrer. Alors que la conscience de ces problèmes auxquels l'humanité est confrontée peut engendrer des émotions très fortes, de peur, de tristesse ou de colère, le décalage avec notre pouvoir d'action réel en tant qu'individu est tel que nous réagissons bien souvent par le déni pour ne pas être submergés par l'angoisse, mais celle-ci finit quand même par sourdre d'une manière ou d'une autre. De nouveaux noms sont d'ailleurs trouvés pour expliquer ce phénomène : "éco-anxiété", "phobie scolaire", etc. , mais le problème est le même : un sentiment d'impuissance face à un monde qui va trop vite.

De mon point de vue de clinicien, au mieux nous comprenons les enjeux du monde qui nous entoure, au mieux nous sommes en mesure d'y répondre de manière concrète. Il est dès lors nécessaire de prendre le temps de s'interroger et de s'instruire car c'est par une action éclairée et une prise de décision cohérente que nous pouvons sortir de ce sentiment d'impuissance tout en augmentant notre impression de faire partie d'un mouvement collectif, même si ce n'est qu'à petite échelle,. La solidarité, le partage et l'entraide restent à ce jour les meilleurs moyens de réduire la dépression et l'anxiété. La sélection de livres ci-dessous est pour cette raison essentiellement constituée d'essais didactiques qui mettent en évidence chacun à leur manière que de grands changements sont surtout constitués d'une multitudes de petits gestes.

Les identités meurtrières

Amin Maalouf

Dans cet ouvrage, Amin Maalouf met en évidence que l'un des grands réflexes humains en cas d'insécurité est le repli identitaire. C'est-à-dire le fait de mettre en exergue une dimension de son identité pour augmenter le sentiment d'appartenance à une communauté, un groupe ou une nation. Si cette stratégie peut nous rassurer à court terme en nous permettant de nous sentir faire partie d'un groupe avec une identité forte (ou fortement affirmée), elle risque paradoxalement d'augmenter à moyen terme notre sentiment d'insécurité car toute personne qui ne partage pas ce trait d'identité avec nous sera dès lors plus vite perçu comme un ''étranger'' voire une menace ou un danger potentiel. Autrement dit, au plus nous affirmons notre identité de manière rigide et monolithique, au plus nous risquons de percevoir ''les autres'' comme des ennemis, ce qui va créer un cercle vicieux où repli identitaire et tensions sociales vont se renforcer mutuellement.

Dans un monde où la question de l'identité est de plus en plus prégnante et source de crispation (que ce soit l'identité de genre, l'identité religieuse, l'identité culturelle, etc.), l'auteur plaide pour une ouverture d'esprit et appelle à la nuance identitaire, car notre capacité à nous définir à partir d'identités métissées nous aide également à dédiaboliser l'autre et à le percevoir comme un être humain à part entière, avec des différences certes, mais aussi des points communs. Développer cette conscience favorise l'apaisement relationnel, l'optimisme dans l'échange, la tolérance et la rencontre. 

Éditions Grasset (1998), 210 pages.

La vie secrète des arbres

Peter Wohlleben/Fred Bernard/Benjamin Flao

Cette bande dessinée tirée du livre du même nom, résume les observations de Peter Wohlleben, ingénieur agronome qui a passé des nombreuses années à observer les arbres et la forêt. Sa conclusion est sans appel : les arbres sont des êtres vivants dotés d'une très grande intelligence, doués pour la solidarité et l'entraide. Cette capacité à communiquer et à échanger leur permet une résilience impressionnante. 

La lecture de ce livre aide à comprendre à quel point nous sommes tous interconnectés et interdépendants. Refuser cette idée en nous maintenant dans une logique ultra-individualiste qui nourrit une illusion d'indépendance et de toute puissance dans un monde où tout s'accélère ne peut que conduire à l'épuisement de nos ressources et de celles de ce qui nous entoure. Bien au-delà de la conscience écologique, ce livre, en nous encourageant à ralentir et à nous inspirer de nos ainés les arbres, est un plaidoyer pour la décroissance, la solidarité, le respect de la diversité et l'intelligence collective.

Éditions les Arènes (2023), 234 pages.

Comment j'ai arrêté de manger les animaux

HUGO Clément

Journaliste d'investigation, Hugo Clément, après plusieurs reportages sur des abattoirs s'est de plus en plus intéressé à l'industrie agroalimentaire de la viande. Ses observations l'ont conduit à progressivement modifier sa propre manière de consommer. Sans jugement, il nous décrit son cheminement avec de nombreuses illustrations concrètes et des exemples chiffrés. 

En nous laissant libre de construire notre propre opinion, cet essai nous rappelle que face à des enjeux collectifs, nous sommes bien souvent tentés de dissoudre notre responsabilité en nous repliant dans le déni ou dans une logique victimaire. Être informés, même si cela peut conduire à une conscience angoissante, nous aide aussi à réagir de manière concrète et à poser des actes qui nous redonnent un sentiment de contrôle tout en favorisant l'action collective. Si nous ne pouvons individuellement de manière isolée provoquer de grands changements, la conscience de notre environnement nous rappelle notre responsabilité commune et nous encourage à agir chacun à notre niveau.

Éditions du Seuil (2019), 192 pages.

Résister

Salomé Saqué

À travers l'exemple de la montée de l'extrême droite, l'autrice met en évidence les dangers du repli identitaire et de la xénophobie qui conduisent inévitablement à un accroissement de la violence, de l'agressivité et des inégalités (quelles soient de genre, sociales, ou culturelles).

Résister nous dit que nous ne pouvons plus nous contenter d'observer un monde qui va trop vite. Résister nous dit que nous faisons partie de ce monde et que nous avons donc tous une part de responsabilité. Résister défend que les moyens les plus efficaces pour lutter contre la peur et la haine restent l'éducation, la solidarité, la créativité et la joie. Cultiver au jour le jour un art de vivre simple et en harmonie avec le monde qui nous entoure n'est pas qu'une simple philosophie, c'est aussi un acte citoyen, un acte militant, une réaction face aux dérives d'une humanité qui s'est perdue en chemin.

Éditions Payot (2024), 144 pages.