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Violences conjugales

L'amour et les forêts

Éric Reinhardt 

Histoire de violence et d'emprise psychologique, ce roman décrit avec une extrême précision les mécaniques d'oppression et de harcèlement moral qui peuvent sévir dans un couple. Sans qu'aucun coup ne soit porté, la jalousie maladive peut insidieusement conduire à la disparition de l'identité de l'autre, à sa destruction mentale et physique. Le livre montre aussi à quel point le combat peut-être inégal car l'agresseur ne se fatigue pas d'une violence qui vampirise l'énergie de l'autre et le galvanise. La victime, au contraire, sans soutien extérieur s'essouffle progressivement. Dans cette lutte pour exister, celle-ci n'a souvent d'autre choix que de s'enfuir pour sauver sa vie.

Petit conseil de lecture : n'hésitez pas à sauter le premier chapitre si celui-ci vous semble rébarbatif. L'histoire ne commence réellement qu'au deuxième chapitre.

Éditions Gallimard (2014), 368 pages.

Les collines d'eucalyptus

Duong Thu Huong

Superbe plongée dans le Vietnam des années 80, Les collines d'eucalyptus dépeint une relation d'emprise psychique que va subir le jeune Thanh épris d'un compagnon extrêmement manipulateur.

Ce récit met en évidence la violence du parasite, de celui qui s'accroche à l'autre pour le vider de son énergie et de son identité tout en cherchant à le rendre dépendant. L'amour n'est plus alors le mot approprié car il ne s'agit, au final, que de possession avec une issue qui ne peut être que fatale. Le parasite, en fin de compte, ne permet que deux options : tuer ou être tué. 

Mais cette histoire va bien au-delà en décrivant également la difficulté d'assumer une homosexualité dans une culture traditionnelle et l'importance du dialogue pour sortir de la honte et prendre conscience de la capacité d'une famille à évoluer.

Éditions Sabine Wespieser (2014), 772 pages.

Dans la Jungle

Adeline Dieudonné

Dans ce roman particulièrement intense d’Adeline Dieudonné, nous suivons Aurélie dans une longue descente aux enfers où, année après année, la paranoïa et l’emprise de son mari vont progressivement l’enfermer dans la culpabilité, la honte et l’isolement.

Ce que Dans la Jungle met en évidence, c’est la différence entre une crise de couple passagère qui pourrait s’expliquer par une multitude de facteurs aléatoires et une violence systémique qui apparait progressivement et augmente avec le temps. À la source de cette violence, une jalousie paranoïaque où l’amour est dénaturé par un besoin de possession qui va engendrer un cercle vicieux où la suspicion de l’un des partenaires va contribuer à l’épuisement émotionnel de l’autre, épuisement qui nourrira les craintes obsessionnelles du partenaire jaloux qui n’aura de cesse d’augmenter son contrôle et son oppression.

La jalousie paranoïaque est une maladie psychiatrique où la probabilité de passage à l’acte vis-à-vis de l’autre partenaire est extrêmement élevée (avec des degrés différents d’agressivité), notamment lorsque ce dernier, en bout de course, choisi de se dégager de la relation. Le risque est alors grand que la personne souffrant de jalousie pathologique cherche à détruire l’objet possédé plutôt que de le voir retrouver sa liberté (destruction qui peut être psychique, sociale ou physique).

Dans ce type de situation, parler est essentiel, sortir du silence, de la honte et de la culpabilité pour pouvoir s’entourer, recevoir de l’aide et se mettre en sécurité en espérant que l’autre choisisse de se soigner à partir de là. Mais au vu du faible taux de remise en question propre à la logique paranoïaque, la séparation reste souvent la seule option.

Éditions de L'Iconoclaste (2026), 434 pages.