Violences intrafamiliales

La vraie vie
Adeline Dieudonné
Dans ce premier roman, Adeline Dieudonné dépeint de manière magistrale l'atmosphère empoisonnante d'une famille où règne une violence sourde, latente et imprévisible, une violence qui paralyse, qui tétanise et empêche ceux qui la subissent de se défendre. Cette violence est d'autant plus difficile à déceler que le prédateur - l'homme violent et tout puissant - se cache derrière un tableau aux apparences anodines, une famille classique et une maison de banlieue comme il en existe des milliers. Et c'est malheureusement le cas dans bon nombre de situation de violence intrafamiliale, celui qui tient la famille sous sa coupe et impose ses règles tyranniques revêt souvent un profil insoupçonnable de l'extérieur.
Mais La vraie vie est aussi l'histoire d'une jeune adolescente qui se révolte et se bat contre cet asservissement physique et psychique. Bataille est le mot juste, car lutter contre la violence intrafamiliale équivaut à une véritable guerre des tranchées où chaque espace d'intimité physique, intellectuel ou émotionnel se trouve convoité par l'oppresseur et doit être défendu parfois au péril de sa vie.
Éditions L'Iconoclaste (2018), 270 pages.

Sa préférée
Sarah Jollien-Fardel
Si certains profils violents sont prévisibles avec une agressivité qui s'abat de manière brutale, impulsive, mais avec une cohérence de fond, une frustration qui s'explique, d'autres profils beaucoup plus dangereux s'accompagnent d'attitudes perverses qui s'exprime par une violence froide, calculée, qui cible les plus fragiles et ne s'arrête pas tant que l'asservissement ou la destruction ne soit totale. Cette perversité implique aussi des différences de traitements, chaque membre de la famille devenant complètement dépendant de l'humeur de celui qui s'érige en tyran et distribue les punitions ou les récompenses en fonction de son humeur. Fuir pour survivre est souvent la seule option, mais tous n'ont pas les ressources suffisantes pour cela. Sa préférée parle de cela, de la force qu'il faut pour s'extirper de l'emprise d'un parent pervers, mais aussi de la culpabilité que cela implique car le sentiment d'avoir abandonné ceux qui restent continue d'empoisonner celui qui a su avancer.
Éditions Sabine Wespieser (2022), 200 pages.

Ceci n'est pas un fait divers
Philippe Besson
"Papa vient de tuer Maman." C'est sur cette phrase terrible que commence ce roman. Comment intégrer une telle information ? Comment sortir de la sidération ? Comment mettre des mots sur l'innommable ? Comment continuer de vivre quand tout s'est effondré ? Entre la lâcheté et le déni de l'assassin, la maladresse et l'impuissance de l'entourage, Ceci n'est pas un fait divers parlent de l'impact à long terme de la violence conjugale sur les enfants témoins, de la culpabilité, de la colère et de la perte de sens que cette fracture engendre chez ceux-ci, du long cheminement qui s'ensuit car aucun retour en arrière n'est possible, avec une réparation qui ne parvient pas à se faire si ce n'est en posant les mots justes, en reconnaissant la profondeur de la blessure et en laissant le temps venir cicatriser la plaie tout en étant entouré de personnes qui gardent bienveillance et espoir.
Éditions Julliard (2023), 208 pages.